Francis PONGE, le parti pris des choses

Francis PONGE, le parti pris des choses  

 

Poète contemporain, il éprouve déjà, à l’âge de dix-sept ans, une violente révolte contre le parler ordinaire : « N’en déplaise aux paroles elles-mêmes, étant donné les habitudes que dans tant de bouches infectes elles ont contractées, il faut un certain courage pour se décider non seulement à écrire, mais même à parler » (Proêmes, « Des Raisons d’écrire », II, Ponge souligne). Les difficultés qu’il éprouve à exprimer sa douleur après le décès de son père en 1923 avivent son sentiment d’un « drame de l’expression » : le désir irrépressible de s’exprimer (ce que Ponge appelle la « rage de l’expression ») affronte un langage dont les imperfections contraignent, voire faussent tout discours (il faut donc s’exprimer « compte tenu des mots »). Dans cette perspective, Ponge fait sienne la conception du poète selon Lautréamont : le poète doit être « le citoyen le plus utile de sa tribu » parce qu’il invente le langage qu’emploieront ensuite les journalistes, les juristes, les négociants, les diplomates, les savants. S’il appartient au poète de modifier le langage, alors il lui faut d’une part maîtriser à fond ce langage et d’autre part voir ce que ce langage peut dire des choses les plus simples (laissant pour plus tard les choses complexes – ainsi le projet ultime de Ponge, « l’Homme », n’aboutira-t-il jamais). Loin de tout sentimentalisme romantique, Ponge choisit de construire des « définitions-descriptions » de l’objet et consacre son écriture aux « choses » familières qui nous entourent (le cageot, la cigarette, la bougie, l’orange, le galet…): « Naturare Piscem Doces » (Tu apprends au poisson à nager) dit l’auteur au début de « Proêmes ». Ce travail aboutit, après dix ans d’écriture, à la publication, en 1942, du Parti pris des choses. Cette apparente lenteur s’explique par le fait que, au cours des années 1930, son emploi aux Messageries Hachette, qu’il qualifie de bagne, ne lui laisse que vingt minutes par jour pour écrire puis, pendant la guerre, par la priorité qu’il accorde à ses activités de résistant. 

Le Parti pris des choses tente de rendre compte des objets de la manière la plus précise et la plus rigoureuse possible, cherchant en particulier à exprimer leurs qualités caractéristiques. Ce compte-rendu porte sur les qualités physiques de l'objet (Ponge recourt volontiers au vocabulaire technique des sciences expérimentales)  

La Bougie 

La nuit parfois ravive une plante singulière dont la lueur décompose les chambres meublées en massifs d’ombre.
Sa feuille d’or tient impassible au creux d’une colonnette d’albâtre par un pédoncule très noir.
Les papillons miteux l’assaillent de préférence à la lune trop haute, qui vaporise les bois. Mais brûlés aussitôt ou vannés dans la bagarre, tous frémissent aux bords d’une frénésie voisine de la stupeur.
Cependant la bougie, par le vacillement des clartés sur le livre au brusque dégagement des fumées originales encourage le lecteur, – puis s’incline sur son assiette et se noie dans son aliment. 

Le Cageot 

A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie.  ·        Commentaire Ce début de poème est significatif de l’écriture pongienne, entre objectivité et subjectivité. Il entame une définition a priori encyclopédique puis en change l’orientation par son affectivité portée sur l’objet par l’utilisation de la proposition subordonnée relative et l’emploi original du pronom démonstratif. 

De l’Eau 

extrait : Plus bas que moi, toujours plus bas que moi se trouve l’eau. C’est toujours les yeux baissés que je la regarde. Comme le sol, comme une partie du sol, comme une modification du sol. Elle est blanche et brillante, informe et fraîche, passive et obstinée dans son seul vice : la pesanteur; disposant de moyens exceptionnels pour satisfaire ce vice : contournant, transperçant, érodant, filtrant. 

À l’intérieur d’elle-même ce vice aussi joue : elle s’effondre sans cesse, renonce à chaque instant à toute forme, ne tend qu’à s’humilier, se couche à plat ventre sur le sol, quasi cadavre, comme les moines de certains ordres. Toujours plus bas : telle semble être sa devise : le contraire d’excelsior. L’huître 

L’huître, de la grosseur d’un galet moyen, est d’une apparence plus rugueuse, d’une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C’est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l’ouvrir : il faut alors la tenir au creux d’un torchon, se servir d’un couteau ébréché et peu franc, s’y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s’y coupent, s’y cassent les ongles : c’est un travail grossier. Les coups qu’on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d’une sorte de halo.A l’intérieur l’on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d’en dessus s’affaissent sur les cieux d’en dessous, pour ne plus former qu’une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l’odeur et à la vue, frangé d’une dentelle noirâtre sur les bords.

Parfois très rare, une formule perle à leur gosier de nacre, d’où l’on trouve aussitôt à s’orner. 

  

Le pain  

La surface du pain est merveilleuse d’abord à cause de cette impression quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou 
la Cordillère des Andes. Ainsi donc une masse amorphe en train d’éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s’est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses... Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, - sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente. Ce lâche et froid sous-sol que l’on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable... Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation  

  

=>A la manière de Ponge, écris un poème sur un objet qui se trouve dans ta trousse

11 Réponses à “Francis PONGE, le parti pris des choses”


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  • Il est armé d’une mine
    Et d’une pointe pareille à une aiguille
    Il a l’air innofencif
    Sous ses airs de petit canif
    Si le compas est considéré comme non dangereux
    Son combat contre la feuille en reste douloureux
    Car la feuille est sans qu’elle le veuille
    Prise au piège par la pointe de la bête féroce
    Le compas continue son siège et s’acharne avec force
    Et laisse marquée d’un cercle la victime comme un portefeuille!

  • UN STYLO

    Un stylo tout beau
    Qui écrit très gros
    Qui peut écrire des lettres
    Sur papier qui était auparavant un hêtre
    C’est comme un bâton
    Ou un barreau de prison
    Il peut être englouti dans un bloc-notes
    C’est lui qui t’aide à avoir des bonne note
    Quand on ne l’utilise pas il dort dans sa trousse
    Pour le lendemain être en forme comme la plume de Marcel Proust
    Et enfin quand il n’a plus de batterie
    On recharge sa cartouche pour allonger sa durée de vie

  • Ma paire de ciseaux
    Tout autant agile que rapide, elle passe le plus clair de son temps assise dans ma trousse,
    Les jambes croisées à attendre le début de la course.
    petite pause bien méritée;
    A tout moment de la journée,
    Que ce soit en classe ou à la maison , elle gambade sur la Feuille,
    Va du départ à l’arrivée
    En suivant le tracé.
    Bossert Anaïs

  • La gomme

    Elle regarde par la fenêtre
    Et rêve d’être libre
    De sa forme quelconque mais structurellement spongique
    Pour tous les crayons elle est maléfique
    Tombe parfois mais sait rebondir
    Pour peu à peu effacer et revivre
    Elle ne fait que subir
    Une véritable torture
    De la main de l’homme elle vie un enfer
    Frotter et rapper sur une feuille en fer
    Immobile sur une table
    Comme un perroquet en cage
    Elle fantasme
    Pour un bonheur véritable.

    « Le meilleur poème sur une GOMME ! » … =)

  • LE CRAYON À PAPIER
    Tous les jours, il est près a bondir de sa trousse afin d’aller
    griffoner un morceau de papier.
    Ce crayon au coeur obscure
    rend visite au taille-crayon pour une nouvelle allure.
    C’est un As sur les cahiers
    car il apparait et disparait à volonté.

    Marine A.

  • LE STYLO ROUGE LE 4/12/08

    Le stylo rouge prend le bus
    Tous les matins et tous les soirs
    Pour aller travailler.
    Il se fait remarquer au milieu des textes
    Par sa couleur.
    Dès que l’on emploie les grands mots,
    Le stylo rouge se met à valser
    Sur les feuilles du cahier.
    Il souligne les fautes
    Affiche les bonnes ou mauvaises
    Nouvelles des contrôles.

    JRILI FOUAD

  • LE STYLO

    Commence à gauche et parfois à droite.
    Brave petit soldat du typique écolier.
    Il est à la fois facile et simple.
    De son ancêtre la plume, il nous livre les plus grands secrets de son utilisateur que ce soit pour un journal ou ce simple poème, le stylo.

  • Félix, sénateur romain, gouverneur d’Arménie.

    Polyeucte, seigneur arménien, gendre de Félix.

    Sévère, chevalier romain, favori de l’empereur Décie.

    Néarque, seigneur arménien, ami de Polyeucte.

    Pauline, fille de Félix et femme de Polyeucte.

    Stratonice, confidente de Pauline.

    Albin, confident de Félix.

    Fabian, domestique de Sévère.

    Cléon, domestique de Félix.

    Trois gardes

    La scène est à Mélitène, capitale d’Arménie, dans le palais de Félix.

    jrili fouad

  • Prognon Twano0(antoine)

    Cette histoire ,est celle du compas
    Celui-là c’est un cas
    Toute la journée à marcer comme un pinguin
    C’est un fameux coquin
    A force de jouer avec son pic
    Il a mit son proprio dans un état critique
    Toute la journée à faire des ronds
    Il nous fait penser à un polchtron
    C’est un as des mathématiques
    Grâce à son long pic
    Mais tous les soirs
    Il y a encore des devoirs
    Enfin après arrive la nuit
    Là il retrouve son lit

    Le Compas

  • Dans son nid de bois doublé de satin, le stylo à plume attend d’être pris en main pour prendre son envol au-dessus du papier.
    Le bec doré de ce cygne des stylos dirige le ballet des mots avec une grâce telle que la scène où il danse en conserve à jamais un souvenir marquant.
    Il est l’ami des poètes, celui qui dessine leurs rêves enluminés en lettres noires, celui qui fixe dans l’encre les visions fugitives d’un monde sublimé par la Muse.
    Sans lui, ces songes, ces mondes auxquels seule l’imagination peut accéder seraient perdus, car chacun ne se montre qu’une fois sans le secours des mots, et s’enfuit, farouche, dès que le stylo plume a achevé leur portrait.

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